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Cet article a été rédigé par l’équipe du site https://davidlaroche.fr

Jeff Bezos, Bill Gate, Warren Buffett… Autant de grandes personnalités acclamées pour leurs résultats exceptionnels. Un succès que l’on attribue entre autres à leurs visions singulières. Nombreux sont ceux qui pensent que les meilleurs investisseurs sont des personnes qui n’hésitent pas à sortir des sentiers battus pour implémenter une manière de faire, une manière de penser différente. 

Toutefois, nonobstant la qualité et la quantité de la documentation scientifique expliquant les gros inconvénients du conformisme, ce n’est que récemment que les chercheurs ont commencé à comprendre pourquoi il est si difficile pour la plupart des gens de penser différemment.

Si l’on en croit la doctrine traditionnelle des économistes, nous sommes des créatures rationnelles qui prennent des décisions logiques indépendamment des facteurs externes non économiques. Cependant, on constate assez facilement que la majorité d’entre-nous ne se comporte pas du tout de manière rationnelle.

Qu’il s’agisse d’investissement, de choix de carrière, du choix d’un partenaire sexuel ou d’un conjoint, nous sommes bien souvent victimes du syndrome du mouton dans son troupeau. 

Vous considérez-vous comme un penseur indépendant ? Votre opinion serait-elle affectée par ce que pense le troupeau ?

Chacun d’entre nous n’hésite pas à clamer haut et fort son indépendance et sa liberté de penser. Mais pourquoi est-il si difficile de constater ces revendications dans nos actes quotidiens ?  

L’opinion de groupe dans la prise de décision

La question de l’opinion de groupe est étudiée depuis les années 1950. En 1951 notamment, Solomon Asch a mené une expérience incluant plusieurs personnes soumises à un test assez simple. (1) (2)

Imaginez un instant être l’un de ces participants à ce test. On vous présente une ligne, puis il vous est demandé d’indiquer la ligne ayant la même taille dans un autre groupe de trois ligne. Vous êtes toujours le dernier à répondre. Vous l’ignorez, mais tous les autres participants sont des complices du chercheur. Et leur mission est de tous donner la même fausse réponse à chaque question.

Selon vous, quelle serait la probabilité que votre réponse change pour se conformer à la majorité ? 

Les psychologues ont constaté que les sujets se conforment à un choix incorrect et populaire environ un tiers du temps. Les trois quarts des personnes ayant participé au test se sont conformés au moins une fois pendant l’expérience et un tiers des sujets a suivi le groupe sur la plupart des questions. 

Et il n’y a nul besoin d’un nombre de complices important pour que ce biais apparaisse. Les chercheurs ont notamment relevé que la taille du groupe n’affecte pas le taux de conformisme dès lors que trois personnes au moins ont la réponse incorrecte avant vous. 

Maintenant, posez-vous cette question. Combien de fois n’avez-vous pas opté pour un plat, un cocktail au restaurant parce que tout votre groupe avait fait le même choix ?

Pour sortir de la rat race, commencez d’abord par être capable d’être un penseur libre et de choisir ce dessert, car il vous plaît et non prendre un café pour suivre le troupeau.

« La plupart des hommes sont incapables de se former une opinion personnelle, mais le groupe social auquel ils appartiennent leur en fournit de toutes faites. » Gustave Le Bon

La neuroscience du conformisme

Désormais, la neuroscience nous éclaire sur les mécanismes cérébraux liés aux changements d’opinion qui nous conforment au groupe. 

L’une des études notables (3) menées dans ce cadre impliquait des images 3D. Deux images sont affichées et on demande aux participants si la deuxième image était une rotation de la première.

Toutes les personnes qui ont été soumises au questionnaire sans perturbation ont obtenu de très bons résultats, répondant correctement à 90% des questions. 

Par contre, les participants influencés par les complices des chercheurs qui ont pour mission de se tromper volontairement, ne trouvent la bonne réponse que dans 59% des cas. 

Des scanners cérébraux réalisés sur les sujets durant le test ont révélé une diminution de l’activité dans les parties du cerveau associées à la pensée logique à chaque fois que la réponse du groupe était choisie. 

Vous l’aurez compris, être un suiveur résulte d’une recherche de facilité, permettant de minimiser l’effort mental.

En d’autres mots, vous n’avez plus besoin de penser par vous-même, donc votre cerveau opte pour cette option moins coûteuse en énergie. 

Autre fait tout aussi intéressant, l’amygdale, la zone du cerveau traitant l’émotion et la peur devient très active chaque fois que la réponse donnée est en contradiction avec l’opinion du groupe.

Dans un contexte historique et évolutif, les réflexes de peur liés à la non conformité avaient des avantages indéniables puisque le groupe est gage de sécurité et de survie.

Mais dans le contexte socio-économique qu’est le nôtre aujourd’hui, cette utilité est très relative ; pour ne pas dire que ce réflexe devient une entrave à la productivité et au bonheur.

Pourquoi est-il si complexe de penser différemment ? 

L’anticonformisme provoque des perturbations émotionnelles et peut même être source de douleur. Des scanners cérébraux ont été effectués dans une étude (4) où un participant joue un jeu à trois avec deux autres joueurs.

Mais, à l’insu du participant, les autres joueurs étaient contrôlés par des ordinateurs.

Pendant le jeu, les joueurs contrôlés par les ordinateurs excluent le participant et continuent à jouer entre eux.

Le scanner a alors relevé à la suite de l’exclusion, une activité dans le cortex cingulé antérieur et l’insula, qui sont des zones du cerveau associées à une douleur physique réelle. 

Penser différemment du troupeau revient à prendre le risque d’être rejeté.

Et cette exclusion peut être émotionnellement perturbante voire douloureuse puisque nous sommes pour la plupart des êtres à la recherche d’approbation et de reconnaissance par nos pairs.

Ce que traduit le conformisme

Le manque d’estime et de confiance en soi, souvent nous pousse inconsciemment à chercher l’approbation de notre entourage et donc suivre la vision, la doctrine du groupe.

Vivre et mener sa vie sur la base d’un schéma défini est un choix de facilité. Nous avons peur de prendre la route la moins fréquentée. 

La peur de la stigmatisation due au non-conformisme est une force motrice très forte. C’est surtout la peur de l’incertitude, de l’inconnu qui nous empêche d’exister par nous même. 

Et pourtant, l’histoire n’a de cesse de nous montrer que ce sont ces esprits qui ont su s’arracher à l’attraction du troupeau et qui ont accompli tant et tant de choses dont notre société se gausse aujourd’hui. Galilée, Einstein, Abraham Lincoln ou plus près de nous, Bill Gate, Jeff Bezos, etc. 

La grande plaie de l’Humanité, c’est le conformisme.” Auguste Lumière

Retrouver votre liberté de penser

Il n’y a que la liberté d’agir, de penser qui soit capable de produire de grandes choses. Jean le Rond d’Alembert

Se concentrer sur le bon processus mental et pas sur la pression de l’entourage.

Il est possible de combattre la mentalité de troupeau en se concentrant sur un processus qui met l’accent sur l’analyse fondamentale plutôt que sur les opinions populaires.

Un processus logique bien défini permet de minimiser l’effet que l’opinion populaire aura sur vos décisions.

Quoi qu’il en soit, suivre l’opinion populaire est un parfait exemple de pensée intuitive non analytique.

Même si cela peut être utile dans certains cas, ce n’est certainement pas la base sur laquelle prendre ce genre de décisions difficiles qui façonne la suite de toute une vie.

Il est temps de reprendre le contrôle

Les comportements d’alignement au groupe ou de recherche d’approbation tendent à créer chez l’individu des processus illogiques et un manque de stimulation de la rationalité.

Ils  peuvent nous conduire à prendre le mauvais dessert, être avec le mauvais partenaire ou même participer à des atrocités qui coûteront de nombreuses vies.

Après avoir remis en question les pratiques fiscales de son entreprise, un employé du cabinet comptable KPMG a reçu le mail suivant : «Vous êtes soit dans l’équipe, soit en dehors de l’équipe.»

Cette pression à se conformer a conduit les employés de Ford à vendre la Ford Pinto en étant parfaitement conscients des dangers de son réservoir d’essence.

C’est également le même biais qui a conduit les employés d’AH Robins à continuer à vendre le DIU contraceptif Dalkon Shield malgré ses terribles conséquences médicales.

Nous sommes tous soumis consciemment ou inconsciemment à diverses forces qui nous entraînent vers une soumission au groupe.

Vous comprenez dès lors, pourquoi,  il est essentiel d’appliquer une vision nihiliste aux influences de groupe qui vous entourent.

Je vous invite à réfléchir maintenant sur chaque aspect de votre vie professionnelle, amoureuse, familiale, amicale… Et de tenter d’identifier ces forces qui vous enferment dans cette rat race.

Source:

  • (1) Asch, S.E. (1951). Effects of group pressure on the modification and distortion of judgments. In H. Guetzkow (Ed.), Groups, leadership and men(pp. 177–190). Pittsburgh, PA:Carnegie Press
  • (2) Asch, S.E. (1955). « Opinions and social pressure ». Scientific American. 193 (5): 31–35. doi:10.1038/scientificamerican1155-31 
  • (3) Neurobiological correlates of social conformity and independence during mental rotation
  • (4) Does Rejection Hurt? An fMRI Study of Social Exclusion Naomi I. Eisenberger, Matthew D. Lieberman, Kipling D. Williams
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